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art libéré

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Une expo à Rome

L’art Libéré est une exposition qui se tient en ce moment aux Scuderie del Quirinale jusqu’au 10 avril 2023. On peut visiter « l’art libéré » tous les jours de 10h à 20h (dernière entrée à 19h). Le coût du billet est de 15,00 €, moins de 30 ans € 10,00 €, entrée gratuite jusqu’à 6 ans. Cette exposition a été organisée par Luigi Gallo et Raffaella Morselli et les Scuderie del Quirinale en collaboration avec la Galleria Nazionale delle Marche, Istituto Centrale pour le catalogue et la documentation et les archives Luce. L’exposition propose une sélection de plus d’une centaine de chefs-d’œuvre sauvés pendant la deuxième guerre mondiale, agrémentés d’une grande quantité de photos et films. On collaboré à l’art libéré au moins une quarante musées et d’instituts. Cette exposition est un hommage aux femmes et aux hommes qui, dans la contingence dramatique de la guerre, ont interprété leur métier de responsables du patrimoine artistique italien sous la bannière de l’intérêt commun. Aux prix de sacrifices et en affrontant le danger, ils ont sauvé le patrimoine artistique de la nation.

Scuderie del Quirinale Arte Liberata

Monument Men

Certains d’entre vous ont vu le film Monument Men. C’est un film réalisé en 2014 par et avec George Clooney, avec Matt Damon et Cate Blanchett. Il raconte l’histoire d’un groupe d’individus qui se sont consacrés à la sauvegarde et à la récupération d’autant d’œuvres d’art, volées et pillées lors de l’invasion nazie. L’armée américaine, sur ordre du président des États-Unis et à la suggestion de l’expert en art Frank Stokes (George Clooney), rassemble un groupe d’érudits, d’architectes et de conservateurs de musée et ils partent à la recherche de tous les œuvres d’art volées par les nazis lors de leurs raids sur les pays européens. Un groupe d’hommes improbables et intrépides prêt à se sacrifier pour la protection de l’art mondial. Sous le commandement de Stokes, le groupe se rend en Angleterre pour s’entraîner. Ils apprennent que la plupart des œuvres chargées sur certains camions ont été transportées à Siegen. Il ne s’agit pas seulement de biens conservés dans des galeries et des musées, mais aussi d’objets ayant appartenu à des familles juives mortes dans des camps de concentration. Entre découvertes sensationnelles et dangers toujours rôdant, le groupe d’experts n’hésitera pas à user de toutes les ruses et à risquer sa vie (parfois la perdre) pour sauver et restituer sculptures, statues, peintures, toiles et toutes sortes d’œuvres d’art.

L’Art Libéré

Et bien « l’art libéré » c’est une histoire d’un groupe d’hommes et de femmes qui se sont dédiés non seulement à la sauvegarde des chefs d’œuvres italiens en les protégeant des bombardements mais aussi à la récupération d’œuvres volées ou achetées illégalement pendant et après la guerre. Parmi ceux-ci figurent Giulio Carlo Argan, Palma Bucarelli, Emilio Lavagnino, Vincenzo Moschini, Pasquale Rotondi, Fernanda Wittgens, Noemi Gabrielli, Aldo de Rinaldis, Bruno Molajoli, Francesco Arcangeli, Jole Bovio et Rodolfo Siviero. Ce dernier est un agent secret et futur ministre plénipotentiaire chargé des restitutions. Ces personnes, sans armes et avec des moyens limités, ont pris conscience de la menace qui pesait sur les œuvres d’art italiennes. Ils se sont mis en première ligne pour éviter le désastre. Ils étaient conscients de la valeur éducative, identitaire et communautaire de l’art. L’exposition recompose donc la trame d’une intrigue et de sous intrigues. Certaines de ces histoires ont déjà été racontées, d’autres ont été oubliées et le seront. Toutes sont des pièces fondamentales pour raconter un récit héroïque malheureusement peu connu : sauver le patrimoine.

Des fonctionnaires anonymes

Au centre de ce sauvetage se trouve l’action clairvoyante de nombreux surintendants et fonctionnaires de l’administration des Beaux-Arts. Certains ont été mis à la retraite de force pour avoir refusé de rejoindre la République de Salò ou tout simplement mis à l’écart parce que juif. Le danger n’était pas seulement dans le bombardement des villes mais aussi dans les mains longues d’ Adolf Hitler et Hermann Göring. C’est l’histoire de la résistance de l’art combattue sans les armes destructrices mais avec la conscience, la connaissance et la passion intellectuel, l’amour de l’art. C’est l’histoire clandestine de camions mal en point conduits de nuit à fare éteint, l’histoire de rencontres qui du nord au sud de l’Italie ont opérer pour éviter le désastre. Parmi les œuvres on compte La Tempête de Giorgione, les Caravage de Rome ainsi que le Souper d’Emmaüs, les œuvres de Piero della Francesca, le Christ Mort de Mantegna, les Métopes de Selinunte. Sans oublier le Discobole qui serait rester en Allemagne. Ces femmes et ces hommes, sont des héros de la normalité, modestes, jamais malade de protagoniste que les ennemis voyaient comme des personnes insignifiantes. Des héros qui, la guerre finie, ont repris le cours de leur vie sans exhibition. C’est souvent les enfants, comme dans le cas du champion du vélo Bartoli qui a sauvé des centaines de juifs, qui ont parlé des actions des pères et des mères.

Registre D'Hermann Goring avec la liste des chefs d'oeuvre à prendre à l'Italie
Registre D’Hermann Göring avec la liste des chefs d’oeuvre à prendre à l’Italie

L’affaire Göring Ventura

Parmi les échanges d’œuvres d’art que les antiquaires italiens entretiennent avec les émissaires d’Hitler, figure l’échange Hermann Göring Eugenio Ventura. Les peintures d’auteurs impressionnistes, que Goring a données à l’antiquaire florentin Eugenio Ventura, avaient été prises illégalement sur le territoire français occupé par les nazis. En un mot, les toiles de Monet, Renoir, Van Gogh, Cézanne, Degas, avaient servi de monnaie d’échange. Le 8 mars 1943, le marchand d’art Walter Hofer signait un contrat d’échange au nom de Göring par lequel Ventura vendait seize chefs œuvre italiens dont deux peintures à la détrempe sur bois de l’artiste Scheggia, datable de 1450 et conservées au Palazzo Davanzati. Le 10 août 1945, à la demande du Bureau de récupération des œuvres d’art, sous le commandement de Rodolfo Siviero, et de la sous-commission alliée pour les arts en Italie, le commandement de la Compagnie interne des carabiniers de Florence, ordonnait l’arrestation de l’antiquaire florentin Eugenio Ventura. Celui-ci avait dû révéler la cachette, le couvent de San Marco, où il tenait les tableaux. Tous faisaient l’état d’une enquête et tous avaient été volés par les allemands dans des galeries d’art et des collections de biens israélites.    

Le Discobole

Célèbre sa beauté dans laquelle les qualités de l’idéal aryen étaient mises en valeur, le Discobole était l’un des symboles de la propagande nazie. Dans le documentaire Olympia, réalisé à l’occasion des Jeux Olympiques de Berlin en 1936, Leni Riefenstahl insérait la statue du Discobole dans le Prologue au milieu des ruines d’Athènes. Entre fondus et superpositions, le marbre se transformait dans le corps de l’athlète Erwin Huber. Le film fut projeté le 20 avril 1938 et suscita une grande admiration. Le Führer vit la sculpture lors de son voyage en Italie. Le Discobole figurait en première place dans la liste des œuvres à acheter envoyées à Rome. Malgré la notification d’intérêt public et contre l’avis du ministre Bottai, la sculpture fut vendue 5 millions de lires. Le 9 juin 1938, l’œuvre fut placée à la Glyptothèque de Munich. Le Discobole est resté en Allemagne jusqu’à la fin de la guerre. Puis Rodolfo Siviero obtint du gouvernement militaire allié la restitution car l’œuvre avait été achetée sous pression. Leni Riefenstahl était une réalisatrice, actrice et photographe allemande connue comme l’auteur de films glorifiant le régime nazi. Rodolfo Siviero était un historien de l’art italien, célèbre pour la récupération des œuvres spoliées et ses actions d’officier de renseignement italien au service des forces alliées. 

peinture italienne
Carlo Crivelli, né à Venise en 1230 mort a Ascoli Piceno dans les Marches

Rodolfo Sivieri

Mais revenons à l’expo. Les protagonistes de cette histoire sont l’Italie et son immense patrimoine artistique. le pays est un musée ramifié sur tout le territoire. Un musée qui s’est fait sur de siècles de beauté de gout et de culture. C’est le patrimoine de tout un peuple. Ce patrimoine appartenait et appartient à tous les italiens mais aussi au monde. Ce patrimoine unit les italiens bien avant la naissance de la nation. Ces chefs d’oeuvre c’est le vert de nos campagnes le bleu de nos cieux et de nos mers, c’est le visage de nos gens, c’est la somme des vécus de ceux qui nous ont précédés. Après la guerre, les alliés ont organisé dés 1945 des points de collecte de biens artistiques volés par l’Allemagne. Par la suite, les représentants des pays victimes ont obtenu la restitution des biens volés. En ce qui concerne l’Italie, l’entreprise du retour paraissait plus difficile. Ayant signé la capitulation sans condition en 1943, le pays ne pouvait prétendre à aucune restitution. Mais grâce à la détermination et aux méthodes sans scrupules de Rodolfo Sivieri et de son équipe, les chefs d’oeuvres sont rentré au pays. L’entreprise est allée bien au-delà de toutes les attentes.

La guerre éclate

Avec le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale le 5 juin 1940, Bottai, ministre de l’Éducation nationale, ordonne la fermeture de tous les musées italiens. Il fait mettre à l’abri le patrimoine dans des refuges protégés. Les villes portuaires, Naples et Gênes, se sont activées en premier parce qu’elles étaient stratégiquement plus exposées aux attaques aériennes. Bruno Molajoli en Campagna et Antonio Morassi en Ligurie avaient déjà emballé les œuvres les plus pertinentes dès 1939. Venise constitue un cas particulier. Mais l’énergique surintendant Gino Fogolari a su tout faire. A Rome, la galerie Borghèse dirigée par Aldo de Rinaldis constitue un modèle de référence, et des œuvres d’autres musées sont placées au sous-sol. Le surintendant de Florence Giovanni Poggi déplace tous les chefs d’oeuvre dans les villas Médicis dans la campagne toscane. A Milan, Fernanda Wittgens fait vider la Pinacothèque de Brera, qui sera plus tard bombardée. A Rome Palma Bucarelli transfère les œuvres de la Galerie d’Art Moderne de Rome dans la petite ville de Caprarola. Et ainsi de suite dans toutes les villes italiennes. Dès la 8 septembre 1943 la protection du patrimoine national n’avait plus de direction principale. Tout retombe dans les mains des directeurs des musées des passionnés d’arts. Ils prennent alors l’initiative de cacher les chefs d’œuvres italiens.

Camions en voyage vers des lieux secrets pour les protéger les chefs d'oeuvres
Camions en voyage vers des lieux secrets pour les protéger les chefs d’oeuvres

A Venise

La sauvegarde du patrimoine artistique de Venise n’a pas été une opération de tout repos. Entre 1940 et 1943 des milliers voir des dizaines de milliers de chefs d’œuvre ont été placés dans des caisses et cachés dans des souterrains puis dans la ville d’Urbino dans les Marches, en Toscane et même au Vatican. Il fallait protéger le patrimoine artistique des bombardements et des pillages. Venise possède de nombreux chefs-d’œuvre d’importance égale, des œuvres de Bellini, Titien, Carpaccio, pour n’en nommer que quelques-uns. Dès le 26 novembre 1939, le Ministère des biens culturels avait communiqué à la Surintendance de Venise que les ouvrages d’importance exceptionnelle présents à Venise et dans les autres villes de la région devaient être sauvegardés en cas de guerre. Dans l’exposition, on retrouve l’histoire des toiles colossales du Tintoret peintes pour l’église de la Madonna dell’Orto. Elles étaient hautes de près de quinze mètres. Ces toiles avaient dû être placées sur des camions posés sur des péniches. Donc, dès novembre 1939, tous les grands musées et toutes les églises furent vidés. L’Assomption de Titien fut démontée pièce par pièce au milieu de mille difficultés dans l’église des Frari. C’est le plus grand retable de la ville, avec des personnages représentés bien plus grands que nature. La planche de peuplier sur laquelle est posée la peinture fait sept mètres de haut.

A Turin

Avec le déclenchement de la guerre, le musée égyptien de Turin a également dû prévoir une série d’interventions pour protéger le personnel et les œuvres. Un abri a été créé sous le musée. Des planches solides ont été placées aux fenêtres. Les ouvertures du rez-de-chaussée ont été murées. Les lourdes statues du rez-de-chaussée ont été placées dans des gros coffrages remplis de sable. Et pour la statue de Ramsès II, une niche a été créée dans le mur du rez-de-chaussée. La décision de transférer les antiquités hors du musée fait suite à l’appel désespéré lancé le 2 décembre 1942 par le directeur du musée Giulio Farina au ministre Bottai. La raison, les bombardements se faisaient de plus en plus fréquents. Les œuvres transportables sont donc rapidement déplacées et conservées au Château d’Agliè dès le début de 1943. Une décision en partie prise suite à la chute sur le musée d’un morceau de  bombe incendiaire qui provoqua quelques dommages aux structures du musée. À la fin de la guerre, déjà en juin 1945, les antiquités sont ramenées en ville. Et après la réparation des quelques dommages, déjà, à la mi-septembre, le musée est ouvert au public.

A Milan

À Milan, Fernanda Wittgens a coordonné le transfert des chefs-d’œuvre de la galerie d’art de Brera vers l’Italie centrale avec un véritable esprit de soldat au combat. La Pinacothèque de Brera a par la suite entièrement été détruite lors d’un bombardement allié. En 1944, elle est également arrêtée et soupçonnée d’être antifasciste à cause de ses relations avec le monde culturel juif. Après avoir sauvé les chefs-d’œuvre, elle se battra pour la réparation immédiate des dégâts causés par les bombardements et la réouverture de la Pinacothèque de Brera. Fernanda révèle son caractère dans une lettre écrite à sa mère pendant les moments les plus durs de la guerre. « Quand une civilisation s’effondre et que l’homme devient une bête, qui a pour tâche de défendre les idéaux de la civilisation, de continuer à affirmer que les hommes sont frères, même si pour cela il faudra payer un prix? C’est facile d’être un intellectuel illuminé en temps de paix et de devenir lâche ou tout simplement neutre en temps de guerre ». Le respect lui est dû. Voici quelques noms de chefs d’oeuvres que sans son intervention nous n’aurions plus jamais vu : le Christ mort de Mantegna, la Madonna des Chérubins et du Polyptyque de San Luca de Mantegna, le Retable de San Bernardino de Piero della Francesca, le Mariage de la Vierge de Raphael, le Jésus à la Colonne de Bramante, la Cène d’Emmaüs de Caravage.  

A Gênes

D’un point de vue artistique, Gênes au début de la guerre se trouve dans une situation particulière, car il n’y a pas encore de galerie nationale. La Surintendance des Beaux-Arts vient d’être créée dans une région encore toute à étudier. En ville, outre à deux musées civiques, il existe d’importantes collections privées logées dans leurs anciennes maisons. Le premier bombardement de Gênes arrive le lendemain de la déclaration de guerre. Pour faire face aux événements, Antonio Morassi, surintendant qui vient d’arriver de Milan s’implique avec très peu de collaborateurs, dont Orlando Grosso, directeur du bureau des Beaux-Arts de la Municipalité de Gênes. Ainsi ces deux personnages qui s’étaient à peine rencontrés vont sauver le patrimoine artistique de Gênes. Les bombardements de plus en plus fréquents poussent ces deux messieurs à la recherche de refuges plus sûrs et de plus en plus éloignés dans les Apennins. Et cela implique des déplacements toujours plus dangereux des œuvres d’art. Avec l’avancée des troupes alliées et le nouveau gouvernement de Salo, un transfert radical et douloureux est nécessaire. Isola Bella sur le lac Majeur est choisie. Les images de Gênes après les bombardements montrent clairement comment les transferts réalisés avec un fort engagement personnel par Morassi et Grosso, deux vrais gentlemen, ont sauvé un immense patrimoine.  

A Florence, Bologne dans les Marches

A Florence, en général, les dommages au patrimoine archéologique et aux collections n’ont pas été si graves. Les collections du musée, ont été sauvées car elles ont été placées dans des dépôts et des endroits sûrs pendant la guerre. Le 16 juin 1940, la Surintendance des Galeries de Florence, en la personne de Giovanni Poggi, s’arrange pour commencer immédiatement les opérations visant à protéger les œuvres d’art. Entre le 13 et le 28 juin 1940, les Offices sont vidés. Les caisses avaient été préparées à l’avance et dans le plus grand secret. Une bonne partie des œuvres sont transférée à la Villa Médicis de Poggio a Caiano. On compte plus de 550 peintures et 11 sculptures antiques, dont la Vénus de Médicis. De même, les œuvres d’art les plus précieuses appartenant à des institutions ou aux églises ont été placées au Palazzo Pretorio de Scarperia. Le surintendant Pasquale Rotondi à Bologne a sauvé plus de dix mille œuvres d’art. Dans les Marches, on a caché des milliers d’œuvres du nord de l’Italie. Toujours dans les Marches on a transporté en toute vitesses les chefs d’œuvre d’art napolitaines, qui avaient été cachés dans le monastère de Montecassino qui sera plus tard rasé au sol par les bombardements.  

A Rome

A Rome, Aldo de Rinaldis surintendant des galeries et des œuvres d’art médiévales et modernes du Latium, directeur de la Galerie Borghese, déplace les œuvres du musée dans les souterrains. Il y cache aussi les précieux livres de la bibliothèque nationale de Rome, des tableaux de la galerie Corsini ainsi que des objets provenant des fouilles faites à Syracuse qui avaient été placés à Monte Cassino alors sous les bombes. En 1943 avec un camion du Troisième Reich mis à disposition par le général et interprète allemand Eugen Dollmann, il voyage en pleine nuit et place 20 caisses de tableaux de la galerie Borghese dans le château du village de Rocca di Carpegna. Palma Bucarelli, directrice de la galerie nationale d’art moderne, transfère les œuvres d’art au Palais Farnese de Caprarola. Environ 750 peintures et 63 sculptures. Elle dit en se rappelant de ces moments : « Les transferts d’œuvres d’art commencèrent mais les véhicules manquaient, la bureaucratie allemande gênait. Terrible était le sens de responsabilité face à la nation qui un jour nous aurait demandé compte de nos actions pour sauver le patrimoine du pays ». 

A Palerme et Naples

Jolen Bovio Marconi archéologue directrice du Musée national de Palerme et surintendante de Palerme et Trapani est une féministe convaincue. Pour elle, le fait d’être une femme est un obstacle à sa carrière. Mais le mépris absolu du danger, un caractère très fort, une résistance à la fatigue, lui permettent de réaliser un exploit sensationnel. Elle parvient à faire transporter les Métopes de Sélinonte du Musée National à l’abbaye de San Martino delle Scale. A chaque voyage elle doit en transporter une à la fois car les Métopes de Sélinonte sont trop grandes et trop lourdes. Elle a aussi sauvé les mosaïques romaines de Palerme, les magnifiques gouttières aux lions du Temple de la Victoire d’Himera. Tout cela avant le 3 avril 1943. A Naples, Bruno Molajoli a immédiatement procédé à la mise à jour de la liste des travaux, à l’aménagement des locaux où les chefs d’oeuvre auraient été placés, à l’élaboration d’un plan d’évacuation. Au total, 60 000 000 œuvres ont été sauvées, concentrées dans l’abbaye de Cava de Tirreni puis à Monte Cassino et transférées à nouveau le 4 janvier 1944 dans les Marches.  

Les vrais Monument Men

La première trace des Monuments Men remonte à 1943. A cette époque, les américains créent un corps d’engagés dédié à la « sauvegarde de l’art, des monuments et des archives ». Surnommée les Monuments Men. Cette section fut répartie dans les différentes armées alliées. La section dédiée à la sauvegarde de l’art, des monuments et des archives contenait plus de 350 individus, issus de 13 nationalités différentes. Ils étaient des conservateurs de musée, des historiens, des archivistes, des personnes qui avaient plus de 40 ans et étaient considérés comme inaptes au combat. En 1944, les Monuments Men débarquent en France. Ils ont un seul souci «d’éviter que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne détruisent les musées en bombardant les sites culturels». Mais au fur et à mesure, les Monuments Men découvrent que les œuvres d’art ont été volées en masse par les Nazis. Hitler avait pour projet de bâtir son «Führermuseum», un musée gigantesque, à Linz, en Autriche. Les nazis ont passé une grande partie de la guerre à piller l’Europe. En 6 ans, les troupes d’Hitler ont amassé des millions d’œuvres d’art, on estime approximativement à plus de 5 millions d’œuvres.

Monument Men à l'art Libéré
Le capitaine américain Mason Hamand lors d’une leçon d’histoire de l’Art Italien aux soldats alliés

Conclusion

Bien des siècles se sont écoulés depuis que Bélisaire, un général romain d’Orient, s’est adressé au roi des Goths Totila qui assiégeait Rome. Il écrivait : « De même que les monuments d’une ville sont le résultat de la pensée des hommes sensés et instruits de la vie civile, de même que détruire les monuments qui s’y trouvent est une chose pour les imbéciles qui n’ont pas honte de laisser venir un tel désastre. Rome parmi toutes les villes qu’il y a sous le soleil est reconnue comme la plus grande et la plus magnifique de toutes. Par conséquent, s’élever contre cela devrait sembler une grande insulte aux hommes de tous les temps, puisque de cette manière le souvenir de leur vertu serait privé des défunts, et le spectacle de leur travail serait privé des générations à venir. Cela étant, vous devez réfléchir, car l’un des deux cas devra nécessairement se produire. Il se peut que vous soyez vaincu dans cette entreprise. Et il se peut même que vous gagniez. En cas de victoire, si vous détruisez Rome, vous n’aurez pas ruiné la ville d’un autre, mais votre propre ville. En la gardant intacte, vous serez riche du plus beau de tous les biens ». (Procope, La Guerre des Goths).

Danae et la pluie d'or de Titien
Danae et la pluie d’or de Titien