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Ghetto juif de Rome

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Du temps des romains

Du Trastevere à Largo Argentina, par cette visite guidée je vous propose de découvrir le Ghetto juif de Rome. La première communauté israelite habitait au Trastevere de l’autre côté de la rivière. Elle s’y installe dès le IIe siècle avant Jésus Christ. D’ailleurs, les premières relations entre Rome et le monde juif remontent à 161 avant JC. Selon le Livre des Maccabées, Eupolème fils de Jean et Jason fils d’Eléazar se présentèrent au Sénat à la recherche d’alliance. La tradition veut que les deux ambassadeurs aient été accueillis par des Juifs qui vivaient déjà dans la ville. C’était pour la plupart des marchands ou des esclaves affranchis provenant probablement d’Alexandrie en Egypte. Ils vivaient dans un quartier en proximité du port fluvial avec d’autres communautés d’étrangers. Le noyau originel s’agrandit avec l’arrivée des prisonniers amenés à Rome suite à la prise de Jérusalem en 70 après JC. À l’époque impériale, la communauté juive de Rome était composée d’artisans et de marchands à côté d’hommes de culture. On se souvient d’au moins douze synagogues où le culte était officié librement. Les écrivains latins, des fois sans les comprendre, nous ont décrit certaines coutumes comme le sabbat. Suétone rappelle que les Juifs de Rome assistaient en masse aux funérailles de Jules César, qui les avait protégés. Les Juifs étaient généralement acceptés comme les autres groupes religieux.

Dès le Moyen-Age

En 313, l’édit de Milan libère les chrétiens qui très vite vont s’emparer de Rome. Le pouvoir passe progressivement entre les mains de l’évêque local qui donnera au fil du temps le pape. Son autorité s’étend sur la ville jusqu’en 1870, quand Rome devient capitale d’Italie. Pendant des siècles, les Juifs romains ont été discriminés. Parfois, ils trouveront d’illustres défenseurs, comme le pape Grégoire Ier le Grand. Vers 1165, Benjamin de Tudela, un juif espagnol, décrit ainsi la communauté juive de Rome : « Environ deux cents juifs y vivent. Ils sont traités avec respect et ils  ne paient aucun tribut ; certains d’entre eux servent le pape Alexandre. Parmi les érudits les plus notables figurent le rabbin Daniel, grand rabbin, et le rabbin Lekhiel, serviteur du pape, un jeune homme beau, intelligent et cultivé. Il est admis à la résidence pontificale, dont il est l’intendant ». Mais, au Moyen Âge, de nombreux métiers seront interdits aux juifs, à l’exception des prêts à intérêt. Pour  être  reconnus, ils devaient porter un cercle de tissu jaune sur leurs vêtements, et les femmes deux bandes bleues sur le châle.   

Et ensuite

À la fin du XVe siècle, la communauté juive de Rome s’agrandit avec l’arrivée de réfugiés d’Espagne, du Portugal et du sud de l’Italie fuyant l’inquisition espagnol. La fusion a été laborieuse. En 1525, il y avait 1772 Juifs romains, soit environ un trentième de la population. Mais avec la contre la Réforme, les choses se compliquent. Le Saint-Office a commencé son activité des conversions forcées. Les copies du Talmud sont confisquées et brûlées en 1553 dans un bûcher à Campo de Fiori. Et finalement, le pape Paul IV ordonne la construction du Ghetto juif de Rome en 1555. La vie des juifs devient encore plus dure et soumise à une série d’obligations et d’interdictions. Obligation de résider à l’intérieur du ghetto et de toujours porter un signe distinctif d’appartenance à la communauté juive, interdiction d’exercer tout type de commerce sauf celui de des chiffons et des vêtements, interdiction de posséder des biens immobiliers. Tout ceci en feront des habiles marchands et des hommes d’affaires experts dans le domaine des prêts.

synagogue de Rome

Visite du Ghetto juif de Rome

La visite du Ghetto juif de Rome commence par le Quartier du Trastevere. Malheureusement, il ne reste pratiquement rien de cette longue présence qui remonte à la Rome Antique. C’étaient alors pour la plupart des marchands qui habitaient avec d’autres communautés étrangères à proximité du port fluvial. Au numéro 14 du vicolo del’Atleta, se trouve une maison en brique fort restaurée. Elle se compose d’une loggia à arcades sur colonnes et une corniche en arc. Sur une des colonnes on peut lire en caractères hébreux «Nathan Chay». Cette habitation avait été bâtie au XIe siècle par Nathan Ben Jechiel. C’est l’auteur d’un livre qui rassemble tous les mots présents dans les livres écrits outre la Bible. Dans le bâtiment, il y a des traces d’un bain rituel. Dans les cave où coule une petite source naturelle, se trouvait le Mikveh, la cuve purificatrice, pour le bain rituel. A l’époque le cimetière juive se trouvait dans la zone correspondant aujourd’hui à Porta Portese. Actuellement, il ne reste rien du cimetière qui s’étendait près de la Porta Portese. Cette zone de la ville portait le nom de « campus judeorum ». Elle a été utilisée du XIIIe au XVIIe siècle. Mais à la moitié du XVIIe siècle, par un décret, le pape Urbain VIII fait ériger un mur avec les pierres tombales, rendant le cimetière inaccessible.

Le grand temple

En traversant le pont Fabricius, le premier bâtiment que l’on rencontre sur la gauche en entrant dans le ghetto, c’est le Grand Temple de Rome. Un édifice sacré construit de 1901 à 1904 sur un espace obtenu en démolissant des vieilles bâtisses dont l’ancienne Synagogue qui regroupait les « cinq Scole ». Le temple est inauguré en 1904. L’édifice monumental surmonté d’un dôme à base carrée, recouvert d’aluminium abrite le musée de la communauté. Les architectes sont l’ingénieur Vincenzo Costa et l’architecte Osvaldo Armanni. La Synagogue a un plan en croix grecque orienté vers l’est, vers Jérusalem. La coupole est percée par douze fenêtres et est soutenue à l’intérieur par des colonnes couplées. Le bâtiment est précédé par un escalier suivi, à l’intérieur,  d’un vestibule à colonnes. Le Grand Temple de Rome est de style éclectique avec des influences allant de l’art grecque à l’art assyrienne. A l’intérieur la décoration est essentiellement en style Art Nouveau finement peinte par Domenico Bruschi et Annibale Brugnoli. On y voit des motifs géométriques et floraux dans le respect de l’interdiction biblique de représentations humaines. Le dôme est peint aux couleurs de l’arc-en-ciel, entrecoupé de palmiers et de cèdres. Le reste des plafonds est peint de ciels étoilés. Pour visiter la synagogue : Grand Temple de Rome, Lungotevere de’ Cenci museoebraico.roma.it      

San Gregorio ai Quattro Capi

Juste à l’entrée du ghetto, face au Ponte dei Quattro Capi, se trouve la petite église de San Gregorio ai Quattro Capi également connue sous le nom de San Gregorio della Divina Pietà. Elle porte le nom San Gregorio Magno, un pape du VIe siècle qui aurait vécu là. L’église part d’un petit oratoire. Elle surplombe la petite Piazza Gerusalemme. Quand le Ghetto était encore entouré de murs, l’église était juste en face. La façade du XVIIIe siècle est l’œuvre de Filippo Barrigioni. Sur la façade une épigraphe cite un passage d’Isaïe : « toute la journée j’ai tendu les mains vers un peuple rebelle, qui marche sur un mauvais chemin emprunté par ses pensées ; un peuple qui me provoque de la colère, se tenant toujours devant ma face chaque jour. » C’est un exemple d’utilisation de l’Ancien Testament en version anti-juif. Cette citation aurait été placée là par un juif converti. Dans cette église se tenaient des prêches forcés, introduits par le pape Grégoire XIII en 1573, et abolis au milieu du XIXe siècle par le pape Pie IX. Le but était de convertir les juifs au christianisme et de les forcer à accepter le baptême. On raconte que les juifs obligés d’écouter des homélies faites par les jésuites portaient des bouchons de cire dans les oreilles. En continuent tout droit on arrive sur la petite place 16 Octobre 1943.    

Le Ghettarello

ll fut un temps où il y avait à Romedeux ghettos, celui qui est encore et un autre qu’on appelait le Ghettarello ou le Macelletto, dans lequel vivaient aussi des familles chrétiennes. On en voit encore l’emplacement derrière l’église de Saint Grégoire, pas loin du Grand Temple. Alors, il était logé à coté d’une des entrée principale du Ghetto, la Porta Leone. Il a été supprimé il y a trois siècles environ. C’est en réorganisant des vieux documents retrouvés dans les archives du musée de la synagogue qu’on en a découvert son existence. Selon le recensement organisé en 1733, il y avait à Rome 4 060 Juifs à Rome, dont 180 familles dans le Ghettarello. Les juifs du Ghettarello s’occupaient surtout des entrepôts à grains, mais aussi des fours, des étables destinées à entretenir les deux mille juifs pauvres. A l’époque, la moitié de la population juive était pauvre. Dès 1620, le Ghettarello est menacé de fermeture. L’Universitas Hebraeorum Urbis, l’institution de la communauté juive romaine, paie même mille écus d’or à l’État pontifical pour sauver le Ghettarello. Cet argent a été utilisé pour soutenir la Casa dei Catechumeni. C’était l’endroit où les juifs étaient convertis de force.  

Le Macelletto

Quand Lorenzo Corsini devient pape, la Congrégation du Saint-Office décide de fermer le Ghettarello le 9 mai 1731. Dans un mémorandum, le rabbin Sabato Di Segni rappelle que le Ghettarello existe depuis longtemps. Que la communauté juive paie 12 % de loyer en plus auquel s’ajoute un autre impôt destiné à dédommager les curés proches du ghetto qui se plaignent du manque de mariages, de baptêmes à cause de la proximité du Ghetto. On mentionne aussi que la communauté juive dépense aussi 1.000 écus pour la maintenance du Macelletto. On insite aussi sur le fait qu’il n’y a pas assez de place dans le Ghetto et qu’il faudrait agrandir la synagogue pour permettre à tous d’assister aux offices. Mais rien à faire. En 1735, le rabbin Sabato Di Segni a dû insérer les 180 familles dans des espaces déjà fort occupés. Aujourd’hui sont visibles les ruines des fouilles commencées à Monte Savelli en 1999. Elles ont été abandonnées par manque de fonds. On distingue bien les restes d’un four, des morceaux d’une colonne de l’époque romaine, les abreuvoirs des écuries.   

Eglise de Sant’Angelo in Pescheria

Sant’Angelo in Pescheria est une église du VIIIe siècle. Dans le passé se tenait dans le coin le marché aux poissons d’où le nom. D’ailleurs sur une des colonnes qui cache la façade de l’église, il est une plaque en marbre qui établit la taille des poissons bons pour la vente. On y mentionne aussi un curieux privilège, les conservateurs avaient droit à la tête des poissons, mais aussi aux arêtes des poissons qui dépassent une certaine taille. L’église de Sant’Angelo in Pescheria est presque cachée par les colonnes d’un portique antique, le portique d’Octavie, Il porte le nom de la sœur du premier empereur romain, Auguste, qui l’a restauré. L’église n’a pas une vraie façade. C’est juste un mur de briques avec le portail au centre dans lequel sont incorporées trois colonnes du Portique d’Ottavia. L’espace interne est divisé en trois nefs bordées de chapelles. À l’intérieur, au fond de la nef gauche se trouve la « Madonna degli Angeli », une fresque de Benozzo Gozzoli, un peintre toscan des années 1400. On voit aussi la chapelle de Sant’Andrea, édifiée en 1571 comme siège de la Compagnie des Poissonniers. Récemment elle a changé de nom elle s’appelle maintenant la chapelle du Saint-Sacrement.  

Le Tempietto del Carmelo

Le Tempietto del Carmelo est un petit monument qui se trouve à l’autre bout de la rue du Portico d’Ottavia. De forme circulaire entouré des colonnes blanches, ce petit temple conservait à l’intérieur une image miraculeuse de la Vierge de Carmine. Bâti en 1759 par une famille d’épiciers, l’édifice servait à protéger cette image logée auparavant dans une niche de la maison de Lorenzo Manilio qui se trouve quelques mètres plus loin. Le petit temple se compose de six colonnes doriques et de deux demi-colonnes, fermées par une porte, qui supportent un petit dôme. Pendant un certain temps l’étroit espace était occupé par un couple de cordonniers qui avait fermé le portail avec des plaques de tôle ondulée. Aujourd’hui, restauré, on peut admirer les colonnes de travertin et le portail en fer forgé du XVIIIe siècle. Malheureusement, il ne reste rien de l’image miraculeuse et de l’autel sur lequel elle était placée sauf quelques stucs et une ancienne inscription « GLORIA LIBANI DATA EST EI DECOR CARMELI ET SARON« . Comme dans d’autres lieux religieux autour du Ghetto, le samedi matin se tenaient les sermons que les jésuites faisaient pour convertir les juifs.

Façade du Palazzo Manili

Palais Manili

Le palais Manili est logé aux numéros 1 et 2 de la rue du Portico d’Ottavia. Il se distingue par des inscriptions et des fragments antiques sur la façade. Il est construit en 1468 pour  Lorenzo Manili et sa famille. Lorenzo Manili, cet homme passionné par la Rome antique fait graver par des tailleurs de pierre une longue bande de marbre, d’un mètre de haut, en grosses lettres, un texte en latin qui lit : « Alors que Rome renaît à son ancienne gloire, Lorenzo Manilio, en signe d’amour pour sa ville, construit depuis les fondations de la Piazza Giudea, en proportion de ses modestes possibilités, cette maison qui tire le nom de Manliana de son nom de famille, pour lui-même et pour ses descendants, en l’an 2221 depuis la fondation de Rome, à l’âge de 50 ans, 3 mois et 2 jours. Il fonda la maison le onzième jour avant les calendes d’août ». La date du bâtiment, 2221, est calculée à partir de l’année de la fondation de Rome (753 avant JC), autrement dit 1468. La façade est embellie par des fragments antiques. On voit une biche avec un oiseau et un lion dévorant une antilope. Sur les architraves des portes on peut lire le nom de l’ancien propriétaire répété quatre fois, trois en latin et une fois en grec. La devise « Ave Roma » est gravée sur les fenêtres. On voit aussi une stèle funéraire trouvée sur la Via Appia, le fragment d’un sarcophage romain. La maison est composée de trois bâtiments d’époque différente.

place delle Cinque Scole

Piazza delle Cinque Scole

La place était dans le passé traversée par le mur du Ghetto. La place porte le nom du bâtiment qui abritait le « Cinque Scole ». Les Juifs ne pouvaient pas avoir plus d’une synagogue. Donc, un seul édifice englobait sous un même toit les cinq congrégations différentes ou « scholae », autrement dit la « Scòla Nova », la « Scòla del Tempio », la « Siciliana » de rite italien, la « Castigliana » de rite espagnol et la « Catalana ». Sur le côté sud de la place se dresse « île de Cenci » une construction en forme de L qui fut la résidence d’une des plus anciennes familles aristocratiques de Rome. Sur la place devant le bâtiment se trouve la Fontana del Pianto, la fontaine qui pleure construite au XVIe siècle sur un dessin de Giacomo Della Porta. Elle fut voulue par le pape Grégoire XIII pour qui « même les juifs pouvaient se rafraîchir de l’eau et embellir » ». Elle doit son nom à l’église de Santa Maria del Pianto. Près de la fontaine était situé un poteau où se tenait la « justitia per gli ebrei » un poteau où étaient jugés les crimes commis par les juifs et ceci jusqu’au XVIIIe siècle. L’église de Santa Maria del Pianto, Marie qui pleure, à cause, selon la tradition, de l’obstination des Juifs à ne pas vouloir se convertir. En fait Marie aurait pleuré car un crime aurait été commis sous la niche qui exposait l’image de Marie. Par la suite, la fresque de Marie a été posée sur l’autel de cette église à nef unique qui ne présente pas d’œuvres d’art majeures. A part le dôme qui apparaît, à l’extérieur, complètement incorporé dans une lanterne octogonale sur laquelle se trouvent quatre fenêtres. Le dôme a été décoré par Camillo Marini lors de la restauration de 1817, on y voit le symbole de l’Esprit Saint.

Une des rues typiques du Ghetto de Rome

Via della Reginella

Via della Reginella c’est la petite ruelle qui relie via del Portico di Ottavia à piazza Mattei. Même  si à l’origine elle n’en faisait partie, cette petite chassée rend bien l’idée d’étroitesse, d’angoisse, d’obscurité de l’ancien ghetto, dans lequel un grand nombre de personnes vivaient contre leur volonté. La rue a été incorporée au Ghetto au début du XIXe siècle quand le pape Léon XII a élargi la zone pour faire face à l’augmentation de la population. Venant de Piazza Mattei direction rue Del Portico di Ottavia, sur la droite on voit encore l’embrasure fermée d’une porte, un accès au Palazzo Costaguti. C’était l’entrée principale du palais. Cette porte a été fermée quand la rue a été incluse au Ghetto. En proximité se trouvait une des entrées au Ghetto, une entrée qui comme les autres était fermée au couché du soleil. L’origine du toponyme « Reginella » n’est pas très certaine. Ou le nom vient du fait que dans l’Antiquité il y avait en proximité le temple de Giunone Regina ou parce que dans cette ruelle habitait la reginelle, la plus belle du quartier qu’on appelait la Reginella, la petite reine. Le long de via della Reginella on voit des Stolpersteine. Ce sont des pavés en bronze doré installés depuis 1995 dans toute l’Europe par l’artiste allemand Gunter Demnig, en mémoire des juifs morts pendant la guerre. A Rome, il y en a plus de 300.  

synagogue dans le vicolo dell'Atleta
Synagogue dans le vicolo dell’Atleta dans le quartier du Trastevere

Notes

Fin de classe au Ghetto de Rome